Après avoir visionner la capsule de Marchand (2016),
j’analyse les slogans publicitaires des
universités avec une approche plus critique. Plus qu’un message, il
s’agit d’associer la formation universitaire à des images positives : enseignement
à distance, intervenants dynamiques, « voir au futur », prototypes
impressionnants. Qui veut-on impressionner, l’étudiant d’aujourd’hui ne
serait-il intéresser qu’aux innovations ou selon Marchand (1998),
un apprenant instrumenté par un clavier? Outre le fait qu’une adaptation de
l’enseignement universitaire au contexte d’aujourd’hui est exigée, le
développement accéléré des connaissances est une raison incontournable de
revoir la manière d’enseigner. Elle ne peut plus être uniforme puisqu’elle doit
faire face à une nouvelle réalité : une université de masse, une hétérogénéité des étudiants, une
structure sociale différente, une explosion des sources de savoirs et d’emplois
bien rémunérés sans diplômes, une société dépendante de l’économie fondée sur
le savoir (Marchand, 1998; OCDE, 1996; Pageau et Bujold, 2000; Wesch, 2007).
Je rejoins ici la position de Robinson (2010),
sur la nécessité de changer le paradigme éducatif en stimulant la créativité
par la pensée divergente tout en répondant à cette quête d’une valorisation/affirmation
des cultures dans un monde globalisant.
Ce changement passe-t-il uniquement par l’utilisation des
nouvelles technologies? Ou par une adaptation des méthodes d’enseignement aux
environnements spécifiques? Notre prémisse de départ porte sur les possibilités
de mettre les technologies (TIC) au service de l’apprentissage définit comme
une « action orientée » où rétroaction, anticipation, intégration de
facteurs culturels et psychologiques sont des mots clés (Barbot, 2003; Linard, 1996). Milieu de vie attrayant, passion et humanité,
formation pratique ne sont-ils pas aussi des slogans des universités du Québec?
À cette étape de ma réflexion, je me remémore ma récente
visite à la faculté de Port-au-Prince où j’ai obtenu mon diplôme
d’ingénieur : un cadre précaire dans un environnement post-séisme avec son
stress, une situation socio-économique difficile. Des slogans plus
traditionnels : cours magistral, environnement physique attrayant… ne
s’avèrent-ils pas aussi porteurs? D’autant plus que contrairement au contexte
de la fin des années 90, j’ai retrouvé un corps professoral plus à l’écoute,
qui veut amener un renouveau universitaire où l’on met l’accent sur l’éthique,
la recherche appliquée, l’encadrement social des étudiants… avec les moyens du
bord. C’est encore une université publique avec de graves problèmes de
gouvernance et de sous-investissement. Dans ce contexte, peut-on logiquement
entamer une transformation complète des techniques d’apprentissage comme
proposé par (Foertsch et al., 2002)? Cette méthode requiert un apprentissage
asynchrone via Internet et d’une plate-forme technologique, donc des moyens
technologiques appropriés. Bien que les résultats positifs soient clairement
démontrés, la mise en œuvre d’une telle méthodologie demeure toutefois coûteuse
et relève d’un choix des universités ou institutions de formation.
Aussi vais-je proposer une approche plus souple,
rationnelle, mixte qui va se bâtir sur des exemples à succès, des éléments
transférables nous dit Barbot (2003).
S’interroger sur les enjeux liés à ces changements et leurs effets sur
l’efficacité de l’apprentissage, la motivation de ces « nouveaux
étudiants », leur profil et leur rapport aux études sont des pistes à
analyser.
RÉFÉRENCES
Barbot, M.-J. 2003. «
Médiatisation dans l'enseignement supérieur: vers un nouveau paradigme
éducatif? ». Alsic. Apprentissage des
Langues et Systèmes d'Information et de Communication, vol. 6, no
1.
Foertsch, J., G. Moses, J. Strikwerda et M. Litzkow. 2002.
« Reversing the Lecture/Homework Paradigm Using eTEACH® Web‐based Streaming
Video Software ». Journal of
Engineering Education, vol. 91, no 3, p. 267-274.
Linard, M. 1996. Des
machines et des hommes: apprendre avec les nouvelles technologies. Editions
L'Harmattan.
Marchand, L. 1998. « Un changement de paradigme pour un
enseignement universitaire moderne ». Distances,
vol. 2, no 2, p. 7-25.
Marchand, L. 2016. Le
milieu universitaire québécois: d'hier à demain. En ligne
OCDE. 1996. L'économie
fondée sur le savoir. 34989. Paris. < http://www.oecd.org/fr/sti/sci-tech/1913029.pdf >.
Pageau, D., et J. Bujold. 2000. « Dis-moi ce que tu veux et je
te dirai jusqu'où tu iras : les caractéristiques des étudiantes et des
étudiants à la rescousse de la compréhension de la persévérance aux études :
analyse des données des enquêtes ICOPE : 1er volet : les programmes de
baccalauréat ». < http://www.uquebec.ca/dreri-public/Rapport_detaille_bac.pdf
>.
Robinson, K.
2010. « Changing education paradigms ». RSA
Animate, The Royal Society of Arts, London, http://www. youtube. com/watch.