mercredi 28 septembre 2016

L’enseignement à distance : vers un nouveau paradigme?



Après avoir visionner la capsule de Marchand (2016), j’analyse les slogans publicitaires des  universités avec une approche plus critique. Plus qu’un message, il s’agit d’associer la formation universitaire à des images positives : enseignement à distance, intervenants dynamiques, « voir au futur », prototypes impressionnants. Qui veut-on impressionner, l’étudiant d’aujourd’hui ne serait-il intéresser qu’aux innovations ou selon Marchand (1998), un apprenant instrumenté par un clavier? Outre le fait qu’une adaptation de l’enseignement universitaire au contexte d’aujourd’hui est exigée, le développement accéléré des connaissances est une raison incontournable de revoir la manière d’enseigner. Elle ne peut plus être uniforme puisqu’elle doit faire face à une nouvelle réalité : une université de masse,  une hétérogénéité des étudiants, une structure sociale différente, une explosion des sources de savoirs et d’emplois bien rémunérés sans diplômes, une société dépendante de l’économie fondée sur le savoir (Marchand, 1998; OCDE, 1996; Pageau et Bujold, 2000; Wesch, 2007). Je rejoins ici la position de Robinson (2010), sur la nécessité de changer le paradigme éducatif en stimulant la créativité par la pensée divergente tout en répondant à cette quête d’une valorisation/affirmation des cultures dans un monde globalisant.

Ce changement passe-t-il uniquement par l’utilisation des nouvelles technologies? Ou par une adaptation des méthodes d’enseignement aux environnements spécifiques? Notre prémisse de départ porte sur les possibilités de mettre les technologies (TIC) au service de l’apprentissage définit comme une « action orientée » où rétroaction, anticipation, intégration de facteurs culturels et psychologiques sont des mots clés (Barbot, 2003; Linard, 1996). Milieu de vie attrayant, passion et humanité, formation pratique ne sont-ils pas aussi des slogans des universités du Québec?

À cette étape de ma réflexion, je me remémore ma récente visite à la faculté de Port-au-Prince où j’ai obtenu mon diplôme d’ingénieur : un cadre précaire dans un environnement post-séisme avec son stress, une situation socio-économique difficile. Des slogans plus traditionnels : cours magistral, environnement physique attrayant… ne s’avèrent-ils pas aussi porteurs? D’autant plus que contrairement au contexte de la fin des années 90, j’ai retrouvé un corps professoral plus à l’écoute, qui veut amener un renouveau universitaire où l’on met l’accent sur l’éthique, la recherche appliquée, l’encadrement social des étudiants… avec les moyens du bord. C’est encore une université publique avec de graves problèmes de gouvernance et de sous-investissement. Dans ce contexte, peut-on logiquement entamer une transformation complète des techniques d’apprentissage comme proposé par (Foertsch et al., 2002)? Cette méthode requiert un apprentissage asynchrone via Internet et d’une plate-forme technologique, donc des moyens technologiques appropriés. Bien que les résultats positifs soient clairement démontrés, la mise en œuvre d’une telle méthodologie demeure toutefois coûteuse et relève d’un choix des universités ou institutions de formation.

Aussi vais-je proposer une approche plus souple, rationnelle, mixte qui va se bâtir sur des exemples à succès, des éléments transférables nous dit Barbot (2003). S’interroger sur les enjeux liés à ces changements et leurs effets sur l’efficacité de l’apprentissage, la motivation de ces « nouveaux étudiants », leur profil et leur rapport aux études sont des pistes à analyser.

 RÉFÉRENCES

Barbot, M.-J. 2003. « Médiatisation dans l'enseignement supérieur: vers un nouveau paradigme éducatif? ». Alsic. Apprentissage des Langues et Systèmes d'Information et de Communication, vol. 6, no 1.
Foertsch, J., G. Moses, J. Strikwerda et M. Litzkow. 2002. « Reversing the Lecture/Homework Paradigm Using eTEACH® Web‐based Streaming Video Software ». Journal of Engineering Education, vol. 91, no 3, p. 267-274.
Linard, M. 1996. Des machines et des hommes: apprendre avec les nouvelles technologies. Editions L'Harmattan.

 Marchand, L. 1998. « Un changement de paradigme pour un enseignement universitaire moderne ». Distances, vol. 2, no 2, p. 7-25.


Marchand, L. 2016. Le milieu universitaire québécois: d'hier à demain. En ligne 

OCDE. 1996. L'économie fondée sur le savoir. 34989. Paris. < http://www.oecd.org/fr/sti/sci-tech/1913029.pdf >. 

Pageau, D., et J. Bujold. 2000. « Dis-moi ce que tu veux et je te dirai jusqu'où tu iras : les caractéristiques des étudiantes et des étudiants à la rescousse de la compréhension de la persévérance aux études : analyse des données des enquêtes ICOPE : 1er volet : les programmes de baccalauréat ». < http://www.uquebec.ca/dreri-public/Rapport_detaille_bac.pdf >. 

Robinson, K. 2010. « Changing education paradigms ». RSA Animate, The Royal Society of Arts, London, http://www. youtube. com/watch. 

Wesch, M. 2007. A Vision of Students Today. < https://www.youtube.com/watch?v=dGCJ46vyR9o >.