mardi 22 novembre 2016

Théories d’apprentissage et pratiques d’enseignement : comprendre pour mieux agir


Pour répondre à la demande croissante de l’utilisation des TIC dans l’enseignement universitaire, on voit se développer des dispositifs de formation en présentiel enrichi, hybride ou à distance soutenus par des environnements technologiques appropriés. Ces innovations technologiques sont également pédagogiques puisqu’elles sont caractérisées par l’attention portée aux apprenants, leur développement et la qualité des apprentissages (CSE). De manière plus globale, des auteurs comme Peraya (1999),  Lameul (2001), Charlier et al. (2006) définissent ces nouveaux dispositifs comme « un lieu social d’interaction et de coopération » ayant inévitablement un caractère normatif et auquel on associe la vigilance qui s’impose, en questionnant la dimension liberté-contrainte et autonomie-régulation ». Bien qu’innovants et s’adaptant aux nouveaux besoins, la qualité de ces dispositifs renvoie à l'immuable concept enseignants-apprenants dans un environnement de formation. (Bautier and Goigoux 2004) parlent alors d’hypothèse relationnelle.

Je me propose d’analyser succinctement la relation enseignants-apprenants à travers trois théories d’apprentissage : le behaviorisme, le constructivisme selon Piaget, et le connectivisme. L’objectif est de réfléchir aux implications de nos choix pédagogiques et didactiques sur le processus de transfert de connaissances défini comme source de nouveaux apprentissages. En tant qu’enseignant, c’est aussi une recherche de cohérence entre notre discours et notre action, comme le souligne (Ménard and St-Pierre 2014).

1)  La théorie comportementale ou le behaviorisme est une des premières théories complètes enseignement-apprentissage. Selon B. F. Skinner, «Apprendre c’est devenir capable de donner la réponse adéquate, c'est encore construire un comportement adapté à un environnement». Cette capacité s’acquiert par la répétition de l’association stimuli-réponses hors de toute explication cognitive ou mentale. Le stimulus vient de l’environnement pour favoriser l’apprentissage sans erreur à l’aide de renforcements positifs. La force du behaviorisme est de contribuer au renouvèlement des pratiques d’évaluation des apprentissages et de d’enseignement présentiel et à l’aide d’ordinateur. Toutefois, avec l’explosion du savoir, l’individualisation de l’enseignement où le processus d’enseignement s’intéresse principalement à l’opérationnalisation des objectifs d’apprentissage, va rapidement atteindre ses limites pour la formation complexe ou l’enseignement à de grands groupes.

2)    Le constructivisme selon Piaget se rattache au cognitivisme. Ces travaux portent sur la construction du savoir au cours du développement de l’apprenant par l’action et l’expérimentation. Selon, Tardif (1997), cette construction est reliée principalement :
  • -       à l’influence des enseignants sur le processus de transfert tant au niveau de la rigueur de leur interventions que de l’influence de celles-ci sur la motivation des apprenants,
  • -       au degré de connaissance préalable de l’apprenant, et de son engagement actif,
  • -       à la qualité du contexte initial d’apprentissage.
C’est la théorie idéale puisque le contexte d’apprentissage est calqué sur les conditions de réussite identifiées au sein des universités (ICOPE). Le défi est donc de restituer aux acteurs leur importance et leur rôle dans un environnement d’apprentissage adéquat pour va favoriser l’atteinte du nouvel équilibre recherché.

3)    La prémisse centrale du connectivisme est que le savoir est distribué à travers les réseaux d’informations (Siemens 2005). Donc une connaissance diversifiée mais non propositionnelle (ou éphémère) accessible à tout moment. L’apprentissage est actionnable et dynamique mais dépend fortement des conditions initiales de l’apprenant et de sa capacité d’auto-organisation. Si on rejoint ici les théories d’apprentissage existantes, l’objectif est de s’informer, de traiter l’information pour une utilisation ponctuelle, sans la synthétiser en un savoir. Est-ce au tour de l’enseignant de s’adapter? de devenir un mentor, un accompagnateur qui encadre les natifs du digital vers de une appropriation du savoir?

Bautier, É. and R. Goigoux (2004). "Difficultés d'apprentissage, processus de secondarisation et pratiques enseignantes : Une hypothèse relationnelle." Revue Française De Pédagogie(148): 89-100.
                 
Bédard, D. and M. Frenay (2004). Des dispositifs de formation universitaire s'inscrivant dans la perspective d'un apprentissage et d'un enseignement contextualisés pour favoriser la construction de connaissance et leur transfert. Le transfert des apprentissages : comprendre pour mieux intervenir. A. Presseau and M. Frenay. Ste-Foy, Ste-Foy : Les Presses de l'Université Laval.
                 
Bransford, J. D. and D. L. Schwartz (1999). "Rethinking transfer: A simple proposal with multiple implications." Review of research in education 24: 61-100.


ICOPE. « Dis-moi ce que tu veux et je te dirai jusqu’où tu iras : les caractéristiques des étudiantes et des étudiants à la rescousse de la compréhension de la persévérance aux études : analyse des données des enquêtes ».
Lameul G. 2001, « Questionnement relatif au concept de dispositif », 6e colloque sur l’Autoformation, Montpellier, 3-4 et 5 décembre 2001, http:// www. educagri. fr/ reseaux/ cdr/ colloq2001/ Lameul. pdf
                 
Ménard, L. and L. St-Pierre (2014). "Paradigmes et théories qui guident l’action." Se former à la pédagogie de l’enseignement supérieur: 19-34.

Peraya, D. (1999). Médiation et médiatisation: le campus virtuel. Hermès, La Revue, (3), 153-167.
                 
Siemens, G. (2005) Connectivism: A learning theory for the digital age. International Journal of Instructional Technology and Distance Learning 3-10
                 
Tardif, J. (1997). "La construction des connaissances. 1. Les consensus." Pédagogie collégiale 11(2): 14-19.

                  

1 commentaire:


  1. A l’instar de Bonicoli M. (2011), lorsque l’utilisation de la technologie dans l’enseignement est associée à un modèle et à une réflexion pédagogique, elle peut devenir un catalyseur en termes d’apprentissage. IL est temps, de reculer sur nos pratiques afin de voir si les scénarios pédagogiques qu’on retient font sens avec les objectifs visés dans nos disciplines à l’ère du numérique. Chaque courant dispose de forces mais aussi de limites et il comporte des pistes d'exploitation plus ou moins précises. Toutefois, « de la connaissance des courants de l'apprentissage et du choix de l'un d'eux, on pourra définir un scénario pédagogique qui fait sens avec les objectifs visés » Cantin J. (2011). Un scénario pédagogique qui stimule les capacités de l’étudiant à mobiliser les connaissances acquises, développe son raisonnement, améliore son jugement, et développe son expression, et surtout augmente sa confiance en soi, nous permettra d’être efficace dans nos pratiques.

    Références bibliographiques :

    Bonicoli M. (2011). La pédagogie au service de l'innovation pédagogique. Georges-Louis Baron, Eric Bruillard, Vassilis Komis. Sciences et technologies de l'information et de la communication en milieu éducatif : Analyse de pratiques et enjeux didactiques, Oct 2011.
    Cantin, J. (2011). L'évolution de l'apprentissage à travers le temps." YouTube. 14 avril 2011. https://www.youtube.com/watch?v=Cs-xsvvtEZA.
    Ménard, L. et St-Pierre, L. (2014). Se former à la pédagogie de l’enseignement supérieur. AQPC. Collection Performa

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