Dans le domaine du génie civil où j’œuvre, les enseignants ont toujours été conscients des difficultés auxquels les étudiants font face dans l’apprentissage d’un contenu théorique et complexe. L'apprentissage expérientiel regroupant différentes approches pédagogies actives basées sur le Learning by doing (apprentissage sur le tas), tel que définit par Bates 2015, y est donc présent depuis de nombreuses années. Les stages et les laboratoires ont longtemps côtoyé l’enseignement traditionnel et ont de tout temps été considérés comme essentiels à l’enseignement de l’ingénierie. On pourrait aussi citer le cas de l’École de technologie supérieure (ETS) qui a opté, dès sa création dans les années 70, pour le système d’enseignement coopératif permettant à l’étudiant d’acquérir une expérience pratique essentielle aux bacheliers en génie (ETS 2016).
Les avantages de l’apprentissage expérientiel sont multiples notamment dans le développement de compétences tels que la communication, la pensée critique et la gestion des connaissances (Bates 2015). Dans le domaine de l’ingénierie, c’est en tant que formation d’appoint ou de complément au contenu théorique que ce type d’apprentissage se retrouve et il est de nos jours lié à l’évolution des TIC.
Avec la sophistication
des équipements scientifiques et la spécialisation dans les domaines de
l’ingénierie, il devient de plus en plus difficile de développer, pour un
enseignement général, les laboratoires et ateliers à la fine pointe de la
technologie. Tout comme Bates (2015) et Stockless (2016), je dirais qu’à l’ère
du numérique, l’enseignement des sciences ne peut faire l’économie de laisser
de côté l’usage des outils disponibles. Ils offrent, en effet, de nouvelles
possibilités de simulation ou d’expérimentation de concepts scientifiques qui,
autrement, seraient impossibles à réaliser sur place.
Dans ce contexte
d’intégration du numérique, je pense que ce qui change fondamentalement c’est
le virage épistémologique obligatoire
vers un paradigme apprenant en opposition au système empirique. L’enseignant
n’est plus maitre du savoir. Un nouvel environnement se crée, celui de la prise
en compte du statut épistémologique des
élèves et du caractère construit et social du savoir scientifique, à
l’opposé de ce que décrivaient Desautels et al (1993) avec les mésaventures
pédagogiques de M. Winters lors d’une séance de laboratoire. (Désautels et al, 1993;
Guilbert et Ouellet, 1997; Raucent et al, 2004) y voient un virage obligatoire
vers une approche constructiviste ou socioconstructiviste qui ne fait pas
toujours l’unanimité. Par contre d’autres préconisent un mélange et/ou une
adaptation des différentes approches fonction des objectifs de la formation, du
contenu et des besoins des apprenants dans les limites spécifiées acceptables
pour la profession (Pratt et Johnson). On est, dans ce cas, loin de
l’appréhension de Kirschner et al (2006) quant à l’approche constructiviste
purement idéologique, opposée à tout apport ou accompagnement de l’enseignant.
Dans ce même ordre
d’idées, je voudrais aborder le rôle de deux approches pédagogiques actives, l’apprentissage
par problèmes ou par projets. Dans les universités centrées sur la formation de
professionnels, l’intégration des TIC est souvent identifiée à
l’opérationnalisation de ces deux pratiques pédagogiques (Rendas et al 1999; Raucent et al 2004). Elles
entrainent principalement une nouvelle
forme de relation apprenant-enseignant sans pour autant remettre en question
l’enseignement présentiel (Tardif et Mukamurera, 1999, Burbules et Callister
1999). Selon Harasim (2010), l’accompagnement de l’enseignement est essentiel
puisque la construction des connaissances dans la formation universitaire en
génie qui nécessite souvent un retour vers l’abstrait afin de développer
certains critères académiques tels que la logique ou l’argumentation. Ces
compétences ne s’acquièrent que par des exercices rhétoriques dans lesquelles
l’interaction in-situ
apprenant-enseignant prend toute son importance.
L’on
comprend bien alors l’évolution de l’enseignement en ingénierie vers des environnements
d’apprentissage hybrides en lieu et place de formation à distance. Dans ce
contexte, les enjeux de l’enseignant dans ce contexte sont multiples et je les
aborderai dans mes prochains billets.
Références
Bates,
T. (2015). Teaching in a Digital Age. https://opentextbc.ca/teachinginadigitalage
Burbules, N. C., &
Callister, T. A. (1999). The risky promises and promising risks of new
information technologies for education. Bulletin of Science, Technology
& Society, 19(2), 105-112.
Desautels, J., Larochelle,
M., Gagné, B., & Ruel, F. (1993). La formation à l'enseignement des sciences:
le virage épistémologique. http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/20172/DIDASKALIA_1993_1_49.pdf?sequence=1&isAllowed=y
ETS.
(2016). Règlement sur l’enseignement coopératif – étudiants
inscrits avant l’hiver 2014. 33p. https://www.etsmtl.ca/A-propos/Direction/Politiques-reglements/regl_enseignement_coop.pdf
Harasim, L. (2000).
Shift happens: Online education as a new paradigm in learning. The
Internet and higher education, 3(1), 41-61.
Kirschner, P. A., Sweller, J., & Clark, R. E.
(2006). Why minimal guidance during instruction does not work: An analysis of
the failure of constructivist, discovery, problem-based, experiential, and inquiry-based
teaching. Educational psychologist, 41(2), 75-86. DOI: 10.1207/s15326985ep4102_1
Raucent, B., Braibant, J. M., de Theux, M. N.,
Jacqmot, C., Milgrom, E., Vander Borght, C., & Wouters, P. (2004). Devenir
ingénieur par apprentissage actif: compte rendu d'innovation.
Rendas, A., Pinto, P. R., & Gamboa, T. (1999). « A computer
simulation designed for problem-based learning ». Medical Education, 33(1), 47-54.
Stockless A. (2006a). Soutenir le processus d’enseignement-apprentissage
des sciences et technologie avec un environnement numérique d’apprentissage. En
ligne. 11 p.
Tardif, M., & Mukamurera, J. (1999). La pédagogie scolaire et les
TIC: l’enseignement comme interactions, communication et
pouvoirs. Education et francophonie, XXVII, 2, 4-27.
Bonjour,
RépondreEffacerLes méthodes que vous retenez stimulent les capacités de l’étudiant à mobiliser les connaissances acquises, à développer son raisonnement, améliore son jugement, et développe son expression, et surtout augmente sa confiance en soi dans la résolution de problèmes réels. L’étudiant est actif dans la phase d’apprentissage.
L’étudiant peut faire des liens entre la théorie et la pratique de même qu'entre les différentes disciplines en jeu, il mobilise diverses ressources. Cela favorise le transfert des connaissances, l'intégration des apprentissages et le développement de compétences. Le type de cas est le cas décision, l’étudiant a à effectuer une analyse du problème, à porter un jugement et à planifier l’action, pour prendre une décision (Louis Ménard, Lise Pierre, 2014).
Je trouve aussi intéressant qu’on consulte le chapitre 2 du livre Se former à la pédagogie de l’enseignement supérieur (Louis Ménard, Lise Pierre, 2014). Un apprentissage active tient compte des sept actes pédagogiques. A savoir, Act 1 agir sur les connaissances antérieures, Act 2 rendre les étudiants actifs, Act 3 Susciter et exploiter les interactions, Act 4 Soutenir l’organisation des connaissances. Act 5 intégrer les évaluations dans les situations d’apprentissage et Act 6 favoriser le transfert et Act 7 développer la capacité réflexive. Un outil présenté afin d’analyser et graduer les actes pédagogiques des enseignants.
Références bibliographiques :
Ménard, L. et St-Pierre, L. (2014). Se former à la pédagogie de l’enseignement supérieur. AQPC. Collection Performa